Étude : La décarbonation des bâtiments : mieux comprendre les perceptions et leviers d’action pour mener à bien la transition

Réalisée par Verian pour l’association Nuances d’Avenir, cette enquête s’intéresse à la perception par les Français des enjeux liés à la consommation énergétique des bâtiments et à leur rénovation.

Les objectifs de l’étude étaient de :

Évaluer la perception de la population sur les enjeux liés à la rénovation des bâtiments,
Identifier les leviers de mobilisation autour de la rénovation énergétique,
Mieux cerner les niveaux d’information, de confiance et d’adhésion aux dispositifs d’aide existants,
Proposer des pistes pour inscrire cet enjeu dans une dynamique collective, lisible et engageante.

Cette étude met notamment en évidence l’écart entre l’intérêt des Français pour leur confort énergétique et leur perception encore limitée des enjeux climatiques liés aux bâtiments.

Elle invite donc à repenser les stratégies de communication sur le sujet, à renforcer la pédagogie des dispositifs d’aide et à se doter d’un cadre réglementaire plus stable et lisible pour permettre une adhésion plus large.

Méthodologie : enquête en ligne réalisée du 24 septembre au 3 octobre 2024 auprès d’un échantillon de 2 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Penser la transition écologique avec les acteurs de terrain !

Le président de l’association Nuances d’Avenir, Louis Dumoulin, craint de voir émerger un mouvement rural contestataire en France. Il invite les candidats aux élections européennes à imaginer des solutions écologiques pérennes avec ceux qui nous nourrissent.

A quelques mois des élections européennes, l’émergence de mouvements populistes sur les enjeux climatiques doit être regardée en face. C’est particulièrement le cas sur la transition agricole, qui va devoir prendre en compte l’histoire de la France et le pouvoir de mobilisation des agriculteurs pour éviter de susciter une fronde du monde rural. L’histoire récente nous le montre : penser la transition en dépit des acteurs de terrain peut se révéler gravement contre-productif.

L’agriculture est le deuxième secteur émettant le plus de CO2 en France, et bien sûr il est nécessaire de réduire ces émissions en changeant et adaptant certaines pratiques. Mais l’agriculture n’est pas un secteur comme un autre : ne pas prendre en compte ses enjeux spécifiques nous expose au risque d’imposer des régulations générant la colère de ses acteurs, sans qui rien ne sera possible. Exposé à de multiples défis en termes économiques, de renouvellement de population, d’adaptation face aux épisodes météorologiques, ce monde agricole doit être guidé par une action climatique conciliant la nécessité d’une réduction des émissions et la prise en compte de la réalité du métier.

RÉCONCILIER LE MONDE RURAL ET ÉCOLOGIE

La transition doit être aussi rapide que possible, mais l’organiser sans y associer les acteurs du monde rural peut donner lieu à réactions allant jusqu’au rejet de toute forme de dialogue environnemental. C’est ce qu’on a pu observer aux Pays-Bas ces dernières années. En 2019 est né le parti BBB (ou « mouvement agriculteur citoyen ») suite à une contestation des injonctions de Bruxelles et du gouvernement pour réduire drastiquement les émissions du secteur agricole : réduction du cheptel, fermeture d’exploitations, rachats contraints de terres…

L’engouement ne se fait pas attendre : le parti populiste se revendiquant de la ruralité est désormais le mieux représenté au Sénat néerlandais (16 sièges sur 75) et ancre son récit sur le rejet du système en place, le manque de considération des populations rurales et une critique des politiques climatiques européennes.

« Le parti populiste se revendiquant de la ruralité est le mieux représenté au Sénat néerlandais »

Le Pacte Vert européen est malheureusement un candidat idéal pour nourrir ces critiques. En imposant des quotas et restrictions à une telle échelle, il est aisé d’imaginer les réactions du monde agricole et l’opportunité pour des mouvements comme le BBB d’en faire un outil de recrutement. Sans parler du fond, c’est le manque de pédagogie des réglementations européennes qui participe à cristalliser cette colère.

Les contextes diffèrent d’un pays à l’autre, mais on ne doit pas exclure l’émergence prochaine de ce type de formation en France. Débats houleux sur les pesticides, l’eau, la chasse, réduction des cheptels prônée dans le rapport de la Cour des comptes, montée d’une écologie radicale ciblant des installations agricoles, accaparement politique de l’action climatique, polarisation grandissante des élus traitant du sujet : autant de munitions pour alimenter la création d’un mouvement de cette nature. Cela rendrait le travail de lutte contre le changement climatique encore plus complexe qu’il ne l’est déjà. Ces signaux doivent être écoutés et analysés pour éviter que l’opportunisme populiste ne l’emporte.

QUELLES SOLUTIONS ?

Plusieurs pistes sont à envisager. Par exemple, il est essentiel de montrer que la transition ne peut pas être une approche unique et uniforme. Les conditions varient selon les régions, les types de cultures, ou encore les défis environnementaux posés. Il est primordial d’agir à des échelons locaux, en encourageant les initiatives adaptées à ces spécificités. Alors les décisions, trouvées en collaboration avec les agriculteurs, pourront prendre en compte les particularités géographiques, climatiques et économiques de chaque territoire, favorisant ainsi une transition mieux acceptée par les acteurs concernés.

« Appliquons un principe de subsidiarité aux politiques écologiques»

La transition écologique de l’agriculture ne doit pas être pensée de manière uniquement descendante, mais élaborée de manière ascendante, en prenant en compte les perspectives et les besoins de l’ensemble du monde agricole. C’est ce à quoi s’applique une partie du mouvement climat, en tentant de sortir des clivages historiques et en dialoguant avec des acteurs de toutes tailles, de tous bords.

Les solutions pour lutter contre le changement climatique peuvent, dans certains cas, être définies par tous les acteurs directement impactés localement. Donnons ce pouvoir à l’échelon local et appliquons un principe de subsidiarité lorsque cela est possible afin d’identifier les mesures les plus justes. Cela ne permettra pas toujours de respecter les échéances uniformément décidées à Bruxelles, mais aboutira à l’adoption de solutions partagées, durables, et générant moins de rejet.

POLARISATION : UN FREIN À L’ACTION CLIMATIQUE

L’accaparement des thématiques environnementales par la gauche – la droite étant coresponsable puisqu’incapable de structurer une pensée sur le sujet – polarise les débats et crée du rejet, notamment au sein d’une grande partie du monde agricole. L’émergence d’un écologisme plus pragmatique semble alors être une nécessité pour équilibrer les discussions et faire de la protection de l’environnement une cause sociétale, transcendant les bords politiques. Dès lors qu’on fait s’affronter plusieurs visions (allant toutes dans le sens des constats du GIEC et d’une réduction des émissions), on crée la possibilité d’un véritable débat où chaque citoyen peut se sentir représenté et donc écouté.

La valorisation des échelons locaux, la structuration d’une pensée écologiste plus conservatrice et pragmatique et l’inclusion systématique des acteurs du monde rural peuvent être des pistes pour éviter l’émergence d’un BBB à la française. Le tout sera de savoir quels acteurs politiques auront le courage de porter cette vision, en faisant du climat la colonne vertébrale de leur action et non pas juste un prétexte pour cocher la case désormais obligatoire de l’écologie.

Penser la transition écologique avec les acteurs de terrain !

Le président de l’association Nuances d’Avenir, Louis Dumoulin, craint de voir émerger un mouvement rural contestataire en France. Il invite les candidats aux élections européennes à imaginer des solutions écologiques pérennes avec ceux qui nous nourrissent.

A quelques mois des élections européennes, l’émergence de mouvements populistes sur les enjeux climatiques doit être regardée en face. C’est particulièrement le cas sur la transition agricole, qui va devoir prendre en compte l’histoire de la France et le pouvoir de mobilisation des agriculteurs pour éviter de susciter une fronde du monde rural. L’histoire récente nous le montre : penser la transition en dépit des acteurs de terrain peut se révéler gravement contre-productif.

L’agriculture est le deuxième secteur émettant le plus de CO2 en France, et bien sûr il est nécessaire de réduire ces émissions en changeant et adaptant certaines pratiques. Mais l’agriculture n’est pas un secteur comme un autre : ne pas prendre en compte ses enjeux spécifiques nous expose au risque d’imposer des régulations générant la colère de ses acteurs, sans qui rien ne sera possible. Exposé à de multiples défis en termes économiques, de renouvellement de population, d’adaptation face aux épisodes météorologiques, ce monde agricole doit être guidé par une action climatique conciliant la nécessité d’une réduction des émissions et la prise en compte de la réalité du métier.

La transition doit être aussi rapide que possible, mais l’organiser sans y associer les acteurs du monde rural peut donner lieu à réactions allant jusqu’au rejet de toute forme de dialogue environnemental. C’est ce qu’on a pu observer aux Pays-Bas ces dernières années. En 2019 est né le parti BBB (ou « mouvement agriculteur citoyen ») suite à une contestation des injonctions de Bruxelles et du gouvernement pour réduire drastiquement les émissions du secteur agricole : réduction du cheptel, fermeture d’exploitations, rachats contraints de terres…

L’engouement ne se fait pas attendre : le parti populiste se revendiquant de la ruralité est désormais le mieux représenté au Sénat néerlandais (16 sièges sur 75) et ancre son récit sur le rejet du système en place, le manque de considération des populations rurales et une critique des politiques climatiques européennes.

À quand une droite franchement écologiste ?

Pour Louis Dumoulin, directeur de Nuances d’Avenir, il est grand temps que la droite s’approprie les sujets environnementaux. L’écologie n’appartient pas à la gauche !

L’idée selon laquelle la lutte contre le changement climatique appartiendrait exclusivement aux mouvements de gauche est tenace et soutenue par une présence médiatique et politique quasi exclusive des personnalités de cette sphère de l’échiquier politique français.

Les milieux plus conservateurs, quant à eux, ont pour la plupart choisi de se mettre en retrait et d’en faire une thématique secondaire, privilégiant des sujets a priori plus en phase avec leur électorat : sécurité, identité, souveraineté… Ces choix politiques ont participé à coller sur les sympathisants de droite l’étiquette de citoyens désintéressés de la cause climatique.

POSITION CARICATURALE

Aujourd’hui, de nouvelles enquêtes viennent bousculer ces préjugés : les sympathisants de droite sont tout aussi préoccupés et dans l’attente d’un écologisme conservateur. C’est ce que montre une note réalisée par l’institut Kantar Publics, commandée par Nuances d’avenir et Parlons climat. 75 % des sympathisants de droite se disent inquiets du changement climatique ; 64 % des électeurs de droite considèrent que le modèle économique actuel n’est pas compatible avec la préservation de l’environnement et la lutte contre le changement climatique ; 73 % considèrent que la sobriété est une solution souhaitable.

Les preuves sont là : le peuple de droite, à rebours des clichés, est prêt à agir. Problème : ce n’est pas toujours le cas de leurs représentants. En décembre, Guillaume Peltier, ancien député Les Républicains ayant désormais rejoint les rangs d’Éric Zemmour (Reconquête !), déclarait : « Je suis blanc, je suis chrétien, je suis hétérosexuel. Je vis dans la France rurale. Je roule au diesel et je me chauffe au fioul. Et pour tout ça, je n’ai aucune intention de demander pardon. »
Cette déclaration est symptomatique d’une position caricaturale parfois adoptée à droite. Une position en rejet de l’écologie politique sans, à aucun moment, proposer de vision alternative, de solutions en phase avec les défis contemporains. Dans les partis de droite plus modérés, le constat est similaire : trouver des personnalités de premier plan qui s’emparent sérieusement du sujet reste compliqué. Pas impossible, mais compliqué…

OUVRIR LE SPECTRE

Si la polarisation est grande, la gauche aussi a sa part de responsabilité. À travers ses positions et alliances, les mouvements de gauche ont fourni un certain nombre de munitions à la droite pour faire du climat une question d’identité politique.

La proximité historique du seul parti revendiqué écologiste (EELV) avec la gauche a participé à créer ce fossé en offrant une vision unique des solutions à mettre en place. Le développement d’un narratif pessimiste et culpabilisateur n’a pas aidé. Bien sûr qu’individuellement nous avons un rôle à jouer et que les responsabilités sont partagées, mais la peur et la culpabilisation sont-elles le meilleur moyen de mobiliser et d’inciter à l’action ? La règle n’est-elle pas d’adapter le message aux valeurs et attentes des différentes audiences ?

POSTURES ET AMALGAMES DE PART ET D’AUTRE ONT PARTICIPÉ À FAIRE DU CLIMAT UN SUJET POLARISANT

Ne nous méprenons pas : la gauche et le mouvement climat ont massivement participé à l’éveil des consciences sur la question climatique. Ces propos ne remettent pas en cause leur action et leur engagement. Cependant, il est désormais nécessaire d’ouvrir le spectre et de créer les conditions pour que tous puissent s’appliquer à proposer des moyens de lutter contre le changement climatique. Postures et amalgames de part et d’autre ont participé à faire du climat un sujet polarisant.

ÉCOLOGISME CONSERVATEUR

Pourquoi un dialogue au niveau sociétal et représentatif de tous serait impossible dès lors que les constats des changements en cours sont partagés ? C’est l’espoir de nouvelles organisations comme Écologie responsable, un jeune think tank conservateur qui croit à une écologie positive conciliant préservation, progrès social et économie verte.

Leur dernière démonstration de force, le 6 juin 2023 à Paris, a rassemblé près de 200 participants issus de cercles de droite. Ils se sont réunis afin d’échanger sur l’écologie de droite comme une nécessité pour renaître. Think tanks, citoyens, et élus, dont Antoine Vermorel-Marques, Aurélien Pradié et Florence Portelli, ont pu échanger sur une nouvelle proposition et l’émergence d’un écologisme conservateur. Ferréol Delmas, directeur général d’Écologie responsable, est convaincu qu’il est urgent de créer cette alternative :

« La jeunesse de droite et du centre attend avec impatience l’avènement d’un grand courant vert de droite. »

Il y a aujourd’hui une opportunité pour le centre et la droite de se réapproprier les sujets environnementaux et de sortir des postures stériles et d’une opposition aveugle. Mais cette opportunité ne pourra être saisie que si les décideurs s’engagent en répondant aux attentes de leur électorat pour un écologisme conservateur et ancré dans leurs valeurs.