Par Marc Le Chevallier, chercheur à la London School of Economics (LSE) et à University College London (UCL).
Un fossé entre l’action citoyenne et le mouvement écologique
Les épisodes de canicule et les terribles incendies de cet été ont brutalement rappelé à tous l’urgence écologique. Mais ils ont aussi révélé une autre réalité, porteuse d’espoir. Les agriculteurs, les pompiers et les habitants nous ont montré que face à la crise, les premiers à répondre présents furent les Français eux-mêmes. Ce sursaut contraste pourtant avec leur défiance à l’égard du mouvement écologiste. Près de neuf d’entre eux sur dix jugent le mouvement écologiste déconnecté des réalités du terrain. Ce rapport part donc d’un paradoxe : les Français sont aujourd’hui prêts à s’engager pour l’écologie mais ne se reconnaissent pas dans le mouvement écologiste.
Deux tendances, qui ont pu par le passé contribuer positivement à l’action écologique en France, portent une lourde responsabilité dans ce fossé. L’écologie technocratique, fondée sur des politiques descendantes et des normes contraignantes, dépossède les acteurs de terrain au nom d’objectifs abstraits et chiffrés ; l’écologie radicale, reposant sur une compréhension idéologique et dogmatique de la nature, culpabilise les citoyens ordinaires et s’attaque aux formes d’appartenance susceptibles de les relier à leur environnement. Bien qu’apparemment opposés, ces deux tendances partagent un même travers. Ils transforment la nature en réalité abstraite et lointaine, incapable de mobiliser le citoyen ordinaire.
L’oikophilie : pour une écologie de l’attachement
Pour réussir, l’écologie doit reconnaître son imbrication avec les autres grandes crises de notre époque : une crise de sens, une crise démocratique et une crise d’efficacité. Partant donc de l’expression du pape François (« tout est lié »), ce rapport propose une nouvelle vision : l’écologie des liens. Elle repose sur la notion d’oikophilie, l’attachement au territoire formulé par le philosophe anglais Roger Scruton. L’environnement n’y est plus une abstraction globale mais un « chez-soi » charnel, fait de paysages, de patrimoine et de liens humains. L’être humain, explique Scruton, devient attaché et dépendant de son environnement local de la même manière qu’il est attaché à sa famille ou à sa communauté. L’environnement se rattache alors à un « nous » communautaire. Ce n’est plus seulement « mon » lieu, ni « le tien », mais le nôtre.
Elle répond ainsi à la crise de sens, en reliant l’humain à la nature par l’enracinement, l’émerveillement et la responsabilité. Elle répond à la crise démocratique, en ancrant l’écologie dans la demande de souveraineté et de pouvoir qu’expriment aujourd’hui les Français. Elle répond enfin à la crise d’efficacité, en redonnant la capacité d’agir à ceux qui connaissent leur territoire et y interviennent plus précisément.
Ni le technocrate ni le militant : le jardinier
Aucune institution centrale ne peut agir toute seule sur un sujet aussi complexe et sur un territoire aussi vaste, l’écologie ne peut donc structurellement se fabriquer par le haut. À la figure de l’ingénieur comme à celle du militant, l’écologie des liens substitue celle du jardinier, capable de s’adapter aux particularités territoriales et d’irriguer les millions de pratiques enracinées qui contribuent déjà à l’écologie et qui ne demandent qu’à essaimer davantage, pour peu qu’on leur en donne les moyens. L’enjeu est de canaliser et de faire grandir l’esprit de solidarité et le désir d’action manifestés pendant les incendies de l’été.
Au cœur de l’écologie des liens se trouvent donc les collectivités locales, mieux placées pour agir efficacement au plus près des citoyens. L’État ne disparaît pas pour autant. Il troque le rôle d’omniscient pour celui de partenaire, agissant avec les collectivités plutôt qu’en se substituant à elles. En cessant de s’immiscer dans des réalités locales et complexes, l’État peut ainsi concentrer ses efforts sur la meilleure coordination et la simplification des politiques écologiques à grande échelle.
Les collectivités, à leur tour, peuvent endosser le même rôle vis-à-vis des citoyens : agir avec eux plutôt qu’à leur place. Cela peut avoir lieu par le soutien aux associations solidaires et patrimoniales, aux coopératives agricoles ou énergétiques et aux organisations de jeunesse. Mais il faut aller plus loin et créer les conditions matérielles d’une véritable autonomie des personnes et locale, avec l’introduction de nouveaux modèles de financement (investissement social et philanthropique ou financement participatif).
La mise en œuvre : six liens à retisser
Pour esquisser cette vision de manière structurée et cohérente, nos recommandations s’organisent autour des six liens à retisser entre le citoyen et l’écologie. Le lien politique, qui rend aux collectivités et aux citoyens le pouvoir d’agir ; le lien social, qui reconnaît la société civile comme partenaire et lui donne les moyens d’une réelle autonomie financière ; le lien culturel, qui rattache l’écologie aux identités, aux savoir-faire et au patrimoine ; le lien agricole, qui reconnaît l’engagement écologique des agriculteurs ; le lien énergétique, qui implique les citoyens dans la production et la consommation d’énergie ; le lien éducatif enfin, qui réancre l’apprentissage écologique dans un territoire concret.
Cette étude a été réalisée par Vertigo Lab pour Nuances d’Avenir.
Avec 7 millions de repas par jour, environ 300 000 salariés et 20 milliards d‘euros de CA (sources: 2021 évaluation Restau’Co – ADEME) la restauration collective scolaire représente un débouché important pour la Ferme France ainsi qu’une opportunité pour renforcer la résilience de nos territoires,, favoriser la transition écologique et environnementale et permettre à nos enfants de connaître les produits issus de leur territoire.
La loi EGAlim formule des obligations pour les cantines, mais elle ne tient pas compte des approvisionnements de proximité.
Relocaliser notre alimentation répond à un ensemble d’enjeux sociaux, éducatifs, de dynamisme économique du territoire :
● nourrir nos enfants, avec des produits frais et de saison, c’est investir dans leur éducation ;
● cuisiner les produits bruts d’un territoire, c’est valoriser le savoir-faire des cuisiniers ;
● favoriser des contrats de long terme, c’est soutenir nos agriculteurs en créant des débouchés viables et vivables;
● dynamiser les territoires en créant de l’emploi local ;
● privilégier les circuits de proximité, c’est réfléchir à l’empreinte carbone de notre assiee ;
● rapprocher, recréer le lien, approfondir la connaissance entre les citoyens et l’agriculture.
Le local n’a pas de définition réglementaire, il n’est donc pas quantifiable dans la commande publique ou dans EGALIM. L ’étude menée, ici, vise à objectiver les impacts en termes d’emplois et d’impacts économiques d’une relocalisation des approvisionnements de proximité dans les cantines maternelles et élémentaires publiques.
Méthodologie :
● sélection d’une région représentative (Pays de la Loire) via une grille multicritère (démographie scolaire, potentiel agricole, structuration institutionnelle) ;
● recueil de données quantitatives et qualitatives en Pays de la Loire : questionnaire, fichiers détaillés sur les achats des cantines et entretiens qualitatifs auprès de 4 cuisines centrales, représentant 11 % des repas servis en Pays de la Loire ;
● confrontation des propositions, des scénarios et des résultats avec un groupe d’experts ;
● calcul des impacts (effets directs, indirects, induits) avec l’outil ImpacTer de Vertigo Lab, fondé sur les tableaux entrées-sorties régionalisés ;
● construction de 3 scénarios de relocalisation puis extrapolation à l’échelle nationale.
Le périmètre de l’étude a été la France hexagonale hors Corse et Territoires d’Outre-mer. La définition du local prise est la région administrative. Nous avons étudié la restauration collective pour les écoles maternelles et primaires publiques. Tous les produits alimentaires sauf les produits de la mer ont été étudiés. Les chiffres mesurés sont : l’activité économique générée, la richesse créée (qui correspond à la valeur ajoutée) et les emplois.
Résultats clés :
La relation entre relocalisation et impacts économiques est non linéaire : chaque euro supplémentaire orienté vers les filières locales produit un effet multiplicateur croissant. Le passage de 33% à 44% d’approvisionnement de proximité générerait +34 % d’impacts économiques sur le territoire, soit près de 1,3 milliard d’euros d’activité économique et plus de 7 300 emplois soutenus.
La restauration collective scolaire apparaît ainsi comme un levier stratégique pour structurer les filières agricoles locales et renforcer la résilience économique des territoires.
Pour convaincre les électeurs de droite et du centre d’agir pour protéger la planète, élus et ONG essaient d’adapter le message.
PARIS — Comment faire de l’écologie sans les écologistes ? Contre le recul, ces derniers mois, de la classe politique en matière de lutte contre le réchauffement climatique — ledit “backlash” écolo — et la montée d’un prétendu ras-le-bol dans l’opinion en la matière, partis et décideurs économiques cherchent le bon discours afin de séduire plus largement, notamment à droite.
En présentant ces mesures comme régaliennes, en particulier sur l’insécurité, ou en sensibilisant les gens via des sujets connexes, comme la protection du patrimoine, le catholicisme ou la souveraineté économique, plusieurs acteurs tentent de faire une écologie sans les écolos.
Ainsi de Veolia, qui tâche de changer de perspective. Un porte-parole de l’entreprise explique s’appuyer sur des travaux commandés à l’institut de sondage Elabe pour défendre le concept de “sécurité climatique” et se démarquer des écolos, qui ne leur sont guère favorables — ceux-ci préférant régulièrement faire revenir le type d’activité réalisée par le groupe dans le giron public.
Veolia, qui opère pour le compte de collectivités dans la gestion de l’eau ou des déchets, déplore un “discours écolo” jugé “très idéologique”, inadapté aux besoins des élus et des citoyens, “insécurisant” et “déconnecté du quotidien”, toujours selon son porte-parole. L’entreprise souhaite donc “faire reconnaître l’insécurité écologique comme un sujet régalien à part entière” et promet de lutter contre “grâce à des réponses concrètes”, détaille le même.
“Le terme de sécurité climatique permet d’étendre le champ de la sécurité, ou ce qu’on perçoit comme tel, et de ramener ce champ vers les sphères ‘progressistes’”, explique à la newsletter Trois degrés, Alexandre Florentin, conseiller de Paris engagé dans la prochaine élection municipale avec Génération écologie.
Pour l’élu, c’est un simple changement de termes qui permet de continuer à parler d’adaptation au changement climatique en convainquant plus largement.
Le sénateur Ronan Dantec, issu de l’aile droite d’EELV qu’il a quitté en 2019, se focalise aussi sur le thème de l’adaptation, défendant auprès de POLITICO il y a quelques mois le besoin d’“abandonner le discours catastrophiste et être dans la protection”.
Bien que le Réseau action climat n’utilise pas ce terme, sa directrice des programmes Anne Bringault concède volontiers qu’il y a “un enjeu de protection des Français” à lutter contre le changement climatique, alors que celui-ci a des effets de plus en plus meurtriers.
“Il faut tester de nouveaux angles”, abonde Lucas Francou, de Parlons climat, citant la sécurité mais aussi la santé, la convivialité ou l’autonomie des territoires. Son association s’appuie sur des études d’opinion pour “éclairer les acteurs”, notamment les ONG, et essayer de varier les discours pour “faire rentrer plus de gens dans la danse”.
Il se félicite, au passage, que l’armée ou l’Eglise catholique s’emparent de ces sujets, pour faire émerger de nouveaux “émetteurs”.
Vers la droite et le centre
Pour embarquer les électeurs et les responsables politiques à droite, plusieurs associations travaillent de concert. Parlons climat a ainsi réalisé avec Ecologie responsable et Nuances d’avenir une étude sur l’adhésion des électeurs de la droite et du centre à certaines propositions écolos, publiée par POLITICO.
“Il y a eu une perte en ligne sur les réponses à apporter à cette préoccupation”, observe Anne Bringault, qui regrette que “plusieurs partis [n’aient] rien à dire sur le sujet”, sans que cela ne soit justifié par “un recul dans l’opinion publique”.
“La droite a laissé la gauche préempter le sujet, sans travailler le fond”, constate de son côté Ferréol Delmas, fondateur d’Ecologie responsable, au Point. Il veut fédérer des politiques autour de la notion d’enracinement, forgée par la philosophe Simone Weil.
Louis Dumoulin, de Nuances d’avenir — une association qui entend faire émerger de “nouvelles voix” en faveur de la protection de la planète, notamment à droite et au centre —, veut de son côté que tous les partis “crédibles” proposent leur vision propre de ce que veut dire protéger la planète lors de la prochaine élection présidentielle. Ce qui implique de ne pas laisser le monopole de ce sujet à la gauche, selon lui.
Pour ce faire, il soutient des associations de protection du patrimoine ou explore le postlibéralisme — qui se recentre sur le bien commun et les communautés locales, voire la doctrine sociale de l’Eglise —, à même de convaincre, selon lui, des sympathisants de la droite et du centre.
L’important est de s’appuyer sur leurs valeurs, “ce en quoi ils croient et veulent protéger”, souligne Louis Dumoulin.
Nuances d’avenir a aussi soutenu un tour de France, réalisé avec Ecologie responsable, en amont des élections municipales aux côtés d’élus et candidats de la droite et du centre pour constituer une boîte à outils de mesures et d’idées.
La restitution est prévue le 13 janvier prochain, en présence de Michel Barnier — aujourd’hui député DR et qui, lorsqu’il était Premier ministre, disait vouloir réduire les dettes financières et écologiques —, et d’autres élus de droite mobilisés sur l’environnement, comme Antoine Vermorel-Marques, l’un de ses proches, qui a constitué un groupe de parlementaires écolos Les Républicains.
Le principal défi pour ces responsables politiques et acteurs associatifs est de convaincre des leaders tentés d’emboîter le pas de l’extrême droite en contestant les principales mesures écologiques.
L’exécutif, quoiqu’embourbé depuis des semaines dans les discussions budgétaires, n’est pas tout à fait en reste. A l’occasion d’une cérémonie pour les 10 ans de l’Accord de Paris, Sébastien Lecornu a invité à prendre les sujets climatiques et énergétiques “par un autre bout”, en en faisant un enjeu de “patriotisme” pour défendre “et son pays, et sa population” — critiquant à mots couverts le Rassemblement national pour son opposition aux énergies renouvelables.
“On ne peut pas faire du bien à la planète sans embarquer l’ensemble de la population”, a considéré le Premier ministre, promettant de nouvelles mesures de décentralisation, notamment un “régalien environnemental” pour accompagner les décisions locales.
Il a également critiqué la tentation des discours “élitistes” et idéologiques, tentés de faire une transition sans le peuple, et a appelé à ne pas laisser s’installer un “point de clivage” sur le climat.
Un rejet du “mouvement climat”
Le système politique “hystérisé par les réseaux sociaux [encourage] une société de plus en plus polarisée qui alimente les discours outranciers”, déplore Antoine Buéno, essayiste et conseiller pour le groupe Union centriste au Sénat, qui estime nécessaire pour réussir la transition écologique de la sortir des logiques électorales.
“Tout discours sur l’écologie ou le climat est voué à l’échec”, analysait de son côté un haut fonctionnaire du ministère de la Transition écologique début décembre, face aux nombreux reculs de ces derniers mois, qui résultent aussi de l’instabilité politique : “Il faut changer de discours et se camoufler.”
Il y a un “plafond de verre idéologique sur le climat”, constate Louis Dumoulin de Nuances d’avenir, accusant une partie du “mouvement climat” d’aliéner ces sujets.
“Les collapso-décroissancistes ont le quasi-monopole de la théorie écologique”, renchérit Antoine Buéno, considérant que l’économiste Timothée Parrique, la journaliste Salomé Saqué ou encore l’activiste Camille Etienne trustent les médias pour porter un discours promouvant la décroissance ou une vision supposément catastrophiste du réchauffement climatique — ce qu’il déplore.
Pour le Réseau action climat, qui fédère plusieurs ONG environnementales, cette vision est un peu réductrice.
A droite, “les têtes de parti ont complètement abandonné ces sujets-là”, pointe Anne Bringault, qui rappelle que Nicolas Sarkozy avait été moteur sur le climat lorsqu’il était président, avec des figures comme Nathalie Kosciusko-Morizet ou Chantal Jouanno. Old times, comme on dit.
Réalisée en partenariat avec l’institut de sondage Verian (ex Kantar Public) auprès d’un échantillon de 1000 personnes, cette étude explore les liens profonds entre la pratique sportive des Français et les défis environnementaux actuels. Dans le contexte des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, nous avons souhaité analyser comment le dérèglement climatique transforme nos habitudes sportives et influence notre vision des grands événements.
Les chiffres clés à retenir :
Si 70 % des Français sont sportifs, 53 % ont déjà dû adapter leur pratique à cause du dérèglement climatique.
73 % des pratiquants ont vu leur sport perturbé par des vagues de chaleur, des tempêtes ou des inondations.
67 % des Français estiment que la préservation de l’environnement doit désormais primer sur l’organisation de grands événements sportifs.
Une large majorité approuve l’instauration de quotas sur les sites naturels (78 %) et la limitation thermique des infrastructures (67 %).